« Nous avons voulu mettre la demeure de l’Ouvrier dans un Palais » : ces quelques lignes illustrant l’un des tote bags vendu dans la boutique du Familistère ont pour auteur Jean-Baptiste-André Godin, capitaine d’industrie, à la tête d’importantes fonderies et manufactures d’appareils de chauffage et de cuisson à Guise (Aisne) et à Bruxelles.
S’inspirant des théories du philosophe Charles Fourier, Godin va à partir de 1859 mener une expérimentation sociale inédite à Guise, en construisant progressivement une cité communautaire : le Familistère (« lieu de réunion des familles »), interprétation originale du phalanstère de Fourier. Il met ainsi à profit sa réussite à améliorer les conditions de vie de ses ouvriers, en mettant à leur disposition des services collectifs, en les rendant propriétaires de l’usine et du palais grâce à une coopérative de production et en suivant les préceptes de l’hygiénisme : espace libre, air pur, lumière et eau.
Le site, devenu musée en 2006, à proximité de l’usine Godin toujours en activité, comprend des espaces domestiques, commerciaux et éducatifs : les économats, en face des pavillons d’habitation, qui proposaient à l’époque alimentation équilibrée et produits de qualité au meilleur prix, accueillent maintenant la billetterie, la boutique et la buvette-restaurant (on reste dans l’idée !).
Le pavillon central, l’emblème du Palais avec sa vaste cour vitrée (porte-clés) toujours habité, propose un parcours dans d’anciens logements avec des scènes d’intérieur (1867, 1929, 1950, 1968) et la coupe de l’édifice sur toute sa hauteur. Une épicerie et une mercerie occupaient le rez-de-chaussée, avec un service médical et une pharmacie mutualiste.
Godin lui-même habitait le Palais : son appartement, restauré, montre quand même un caractère un peu plus « bourgeois » avec parquet et moulures.
Le théâtre, la bibliothèque et les écoles formaient un groupe destiné à l’éducation : après 1968, ces lieux sont devenus municipaux et accueillent donc toujours enfants et public. Seul le théâtre se visite, 15 minutes par jour (faut pas rater l’horaire !)
Le clou de la visite (pour moi !) est la buanderie-piscine construite sur les rives de l’Oise : au rez-de- chaussée, la buanderie avec un sol creusé de rigoles, au-dessus un séchoir ventilé par des claustras ; façade nord, des cabines de bains étaient disponibles pour le personnel et surtout, il y avait une piscine ! Le bassin de 50 m2 était équipé d’un plancher mobile permettant de relever à la surface le fond de 2m50 pour que les enfants puissent se baigner sans danger. On lavait donc le linge et le corps en économisant l’eau chaude, produite par les machines à vapeur de l’usine, et en la recyclant dans le jardin d’agrément.
Après la dissolution en 1968 de l’Association coopérative du Capital et du Travail, le Familistère avait perdu cohérence et identité. Mais le site a bénéficié d’un programme de restauration, « Utopia », de 2000 à 2014. A été décidé que le musée de site conserverait une mixité des usages, où habitants, élèves, lecteurs, passants et visiteurs se croiseraient … un espace social !
Laurence Bizien, Visite du 15 février 2018
Porte-clé en métal. Dimensions : 5 cm




