L’horizon, la résille et la poutre

Longue histoire que celle du Mucem de Marseille, Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée. Au départ, en 1995, le grand projet immobilier de restructuration – rénovation Euroméditerranée,
co-financé par l’État, le département, la région, la commune, qui a pour but de placer Marseille en tête des villes portuaires de la Mare Nostrum. Puis, en 2002, le concours pour le musée,  en 2004,  Ricciotti proclamé lauréat, enfin ouverture en juin 2013, l’année qui voit Marseille consacrée capitale européenne de la culture. Les concurrents devaient se couler dans une volumétrie horizontale et simple, pour respecter le site et notamment l’historique présence du fort Saint-Jean. Ricciotti répondant par un cube affleurant juste la ligne d’horizon, il était logique qu’il l’emporte devant Berger-Anziutti, Oma, Hadid, Holl, Faloci, etc…, qui tous eurent la tentation de hisser leur bâtiment un peu plus haut.

Une boîte noire enchassée sur deux côtés et en toiture dans une paroi, noire aussi, ajourée, en béton fibré à ultra haute performance (BFUP),  épais de seulement 7 cm. Cette peau, ou résille ou mantille, ou dentelle ou moucharabieh selon l’inspiration des chroniqueurs, est une performance technique nous dit le dossier de presse de 2013 : c’est la première fois au monde que le Ductal® de Lafarge est employé à l’échelle d’un bâtiment public, pour la résille comme pour l’ensemble du Mucem.

Entre la mantille et le mur, une double rampe de circulation enroulée autour du bâtiment qui offre au public, à l’ombre et à l’abri des regards, des vues à la fois sur les salles d’exposition ou les bureaux et sur l’extérieur, la mer ou les remparts du fort. Au pied du cube, une douve remplie d’eau de mer, sonorisée à mon passage par des cris d’enfants et de mouettes.

Ici le dénivelé est important, crée une fracture.
Ricciotti jette deux passerelles en U qui permettent de relier la ville au musée sans avoir à grimper et descendre les anciens escaliers. Ces passerelles sont des poutres en U, en béton moulé, sans point d’appui intermédiaire, toute droites : une première poutre de 76 mètres de long entre le quartier du Panier et le fort ; puis une seconde, 115 mètres de portée, entre le fort et la toiture terrasse du Mucem. Toutes les deux douces au toucher, noires et luisantes. Du piéton qui s’y engage ne dépasse que le haut du buste, il y est comme enveloppé, presque empêché, et en tout cas protégé du vide qu’il ne voit pas, le regard happé par le paysage urbain et maritime qui l’entoure.

Que cette maîtrise de la matière, de l’espace et de l’ingénierie soit traduite par un misérable pop-up en papier, doré de surcroît, révèle la face sombre de la quête du chasseur de souvenirs d’architectures.

Danielle Laouénan, janvier 2014

Pop-up en papier, dimensions : 7 x 6 x 5 cm

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